jeudi 2 février 2017

Une Flûte bien chantée mais guère enchantée

Après-midi famille dimanche dernier à l’Opéra Bastille : plein de gosses dans la salle, pas mal de touristes et une ambiance détendue plutôt sympathique. Corollaire, bien sûr : public qui applaudit un peu n’importe quoi n’importe où, mais bon ce n’est pas bien grave.

Entre les deux casts proposés, j’avais choisi celui avec Stanislas de Barbeyrac et Nadine Sierra, car fan de l’un et intéressée par l’autre. Que j’ai bien fait ! Le Tamino de Stanislas de Barbeyrac a tout ce que j’aime dans ce rôle : une couleur lumineuse, des phrasés nobles, un legato splendide et une absence totale de cette mièvrerie rédhibitoire chez certains interprètes. Ajoutons à cela une diction claire et le physique du rôle, qui fait qu’il semble descendu de la planète du Petit Prince. J’étais furieuse que le chef enchaîne si vite après son « Die Bildnis » exemplaire, ce qui n’a même pas laissé le temps au public d’applaudir.

Face à lui, la Pamina de Nadine Sierra est une vraie bonne surprise. Voix large et timbre charnu, elle possède en outre une incroyable palette de dynamiques et un éventail de nuances dans « Ach ich Fuhl’s » tel que j’en ai rarement entendu. Jolie personnalité également, qui lui permet de camper une jeune fille forte et moderne. Une chanteuse que je vais continuer à suivre, y compris dans des rôles plus larges que la puissance évidente de sa voix va sûrement lui permettre d’aborder dans les années à venir.

Autre triomphateur de la soirée : le Papageno bien rôdé de Michael Volle, en oiseleur vieux briscard particulièrement réussi et drôle. Vocalement, le rôle est un jeu d’enfant pour lui, son métier lui permettant d’allier à la fois la truculence et la poésie du personnage. Ce n’est hélas pas me cas d’Albina Shagimuratova, qui si elle a le format n’avait pas cet après-midi-là la mobilité dans la vocalise et l’assurance dans l’aigu. Sans doute un mauvais jour, car on sait quelle Reine de la Nuit elle peut être (cf version de la Scala). Belle découverte pour moi que le Sarastro de Tobias Kehrer : quelle autorité ! Quels graves abyssaux ! Franchement impressionnant. Je veux le réentendre en Commendatore !  

Côté seconds rôles, jolie Papagena de Christina Gansch, pas trop légère pour une fois; remarquable trio de garçons des Aurelius Sängerknaben Calw (et forts en football en plus); trio de dames correct sans plus car pas assez équilibré à mon goût : on entendait trop le soprano 1 et quasi pas l’alto. Rien à redire des duos de soldats et de prêtres, bien chantants. Et enfin, un chapeau bas à José Van Dam, revenant sur scène à 76 ans avec toujours ce timbre si particulier et cette autorité un peu inquiétante qui donne à son Sprecher une tonalité quasi d’outre-tombe. Enfin, les chœurs de l’ONP se sont montrés sous leur meilleur jour, solides et bien en place. 

Il n’en va hélas pas de même de l’orchestre (hormis mon ami Jean-Yves Sébillotte qui scintille dans ses solos de célesta), plombé par la direction lourdaude de Henrik Nánási (chef inconnu à mon bataillon). Tout est sur-appuyé, trop souligné, empâté… on perd la grâce de l’ensemble (d’où des décalages dans l’ouverture). Et ces tempi de sénateur… cette direction participe à la réussite mitigée des deux airs de la Reine de la Nuit : comment voulez-vous être en place sur la longue vocalise finale du premier air quand vous êtes à ce point alourdie par le chef ? Bref, encore une fois à Paris, quand on a un cast de premier ordre on a soit un chef de second plan, soit un somnifère made in Philippe Jordan. Ça commence à être lassant.


Reste la mise en scène de Carsen. Et bien pour moi ce n’est pas une réussite. Si c’est visuellement acceptable et que cette avant-scène autour de l’orchestre est une vraie bonne idée (cela rapproche les chanteurs, habituellement si éloignés du public dans le grand vaisseau de Bastille), s’il y a des effets réussis (la division haut / bas au second acte, le projections vidéo), tout cela manque de merveilleux et de magie. L’entrée de la Reine de la Nuit, anodine et privée de sa stature surhumaine, en souffre beaucoup. Idem pour l’arrivée des animaux appelés par la Flûte : quelques vagues oiseaux sur un écran, c’est maigre comme pouvoir enchanteur. Le reste n’est que déjà-vu (Papageno SDF) ou ennui. Mes enfants ont été déçus, et ils n’étaient certainement pas les seuls dans la salle. Et oui, M. Carsen, multiplier les flûtes sur scène ne suffit pas à les enchanter. Pourquoi l’ONP ne nous rend-il pas la merveilleuse mise en scène de Benno Besson, et à Garnier s’il vous plaît ? C’est tout bonnement incompréhensible, et c’est tellement dommage !

Photos : © Emilie Brouchon/ONP


dimanche 11 décembre 2016

Beautés de la mélodie française | Récital Stanislas de Barbeyrac, Amphi Bastille 05/12/2016

Lundi dernier, j'ai eu le grand plaisir d'aller entendre l'un de mes chanteurs préférés, Stanislas de Barbeyrac, dans cet exercice rare et difficile qu'est le Liederabend. Pour l'occasion, sortie entre filles: j'y ai amené mon aînée de 12 ans, pour qui c'était une première expérience de la mélodie et du Lied.

Le programme était aussi éclectique que cohérent: chronologique et centré autour du thème de l'amoureux mélancolique. On débuta fort, avec le merveilleux Adélaïde de Beethoven, choix audacieux car la tessiture de ce Lied est tendue (je parle d'expérience). Le phrasé noble et clair du chanteur y fait merveille, posant admirablement le décor pour la suite, dont le merveilleux cycle "À la bien-aimée lointaine", rêveur et viril à la fois, tout en nuances Sturm und Drang. Une réussite, même si j'aurais aimé un piano un peu plus charpenté pour du Beethoven.

On enchaîne par ce petit bijou qu'est l'Absent de Gounod. Et si j'ai été séduite par le très beau verbe allemand de Stanislas, là en français, c'est tout bonnement fantastique. Cela fait si longtemps qu'on attendait un chanteur dont la diction rende justice à ce répertoire! À part Alagna, et il ne s'est guère aventuré dans la mélodie, personne aujourd'hui ne prononce notre langue aussi bien. Et quand en plus le chanteur tisse un écrin de couleurs et de dynamiques pour créer une atmosphère qui sert si bien le texte, c'est un vrai bonheur. Les mélodies de Duparc sont de la même eau: quelle Invitation au voyage, radieuse, mélancolique mais jamais maniérée, dite avec cette voix franche et si bien assise dans le médium et en plus délicieusement accompagnée par le piano tendre et sophistiqué de Yoan Héreau. Vraiment top, dixit Gremlin 1 avec un grand sourire (elle suit mieux quand c'est en français).

J'ai ensuite découvert avec intérêt les mélodies de Roger Quilter et Ivor Gurney, bien que je leur préfère de loin les deux chansons de Britten conclusives, même si j'ai senti le chanteur, toujours impeccable musicalement, un peu moins à l'aise avec les textes cette fois-ci (une mignonne inversion de texte dans The Salley Gardens de Yeats m'a fait sourire).

Très applaudi, Stanislas nous offre aux bis un très bel air de Max du Freischütz de Weber (cela me donne encore plus hâte d'entendre son Tamino en janvier!) et un défi (c'est lui qui le dit): l'air de la Fleur. Et là, REVELATION! C'est la plus belle interprétation que j'aie entendu depuis Alagna et Gösta Windberg. Et ce pianissimo final! Je lisais récemment une interview de Stanislas où il disait vouloir se concentrer sur les répertoires français et allemand. Ce récital m'a convaincue qu'il a 100% raison. Je m'en vais donc rêver d'un Don José complet, d'un Pelléas, d'un Hoffmann... mais aussi de Don Carlos (en VF bien sûr). Il faut aimer les défis.

mardi 1 novembre 2016

Étoile solitaire | Lucia di Lammermoor, Opéra de Paris 23/10/2016

J'ai mis un peu de temps à pondre ce billet. Plusieurs raisons: d'abord, la mise en scène d'Andrei Serban, vue et revue, notamment avec Yoncheva et Fabiano, ne m'inspire pas beaucoup de commentaires, à part: pas très jolie mais plutôt intelligente. Lucia femme-enfant perdue à la fois dans un monde d'hommes et dans un univers psychiatrique. Bon. Ça ne donne guère de belles images, ne va pas sans quelques facilités (les scènes d'agressions sexuelles...), oblige la soprano à de l'équilibrisme... mais vieillit somme toute plutôt pas trop mal. Passons.

Secondo, il y a la direction de Riccardo Frizza que je qualifierai d'anodine, comme souvent pour moi ces derniers temps à l'Opéra de Paris (Michele Mariotti excepté). On manque quand même de grands chefs invités dans cette maison. Les choeurs ont, eux, mis un peu de temps à se chauffer (est-ce dû au fait que c'était une représentation d'après-midi?). Leurs interventions au 1er acte n'étaient franchement pas terribles. Attaques molles, volume parfois limité, justesse limite... bon ils se sont rattrapés au 2e acte mais cela reste bien routinier.

Tertio, tout le cast sauf la prima donna était du domaine du "bien sans plus". Artur Rucínski est un Ashton bien chantant mais trop uniformément brutal, et si il a de beaux aigus la voix est quand même très monochrome, or tout l'art du Bel Canto réside justement dans les colorations. Même remarque pour Piero Pretti. Il passe, phrase bien, a une très bonne diction, mais chante tout avec la même couleur, un rien métallique. Du coup, on a un Edgardo assez falot... Michael Fabiano dans le même rôle il y a quelques années c'était autrement enthousiasmant! Rafal Siwek en Raimondo fait le job avec le professionnalisme qu'on lui connaît, l'Alisa de Gemma Ní Bhriain est intéressante et a un joli volume, mais enfin, si on fait le compte, c'est un peu court...

Heureusement, il y avait l'étoile montante du chant Donizettien, celle pour qui j'étais venue, Pretty Yende. Et elle a brillé de mille feux, astre solitaire dans cette morne reprise. Lumineuse au milieu de tant de laideur scénique, flottant sur sa balançoire ou à cinq mètres du sol sur une bien vilaine structure de bois, sa présence et son incarnation sont saisissantes. Sa Lucia est une femme qui vit dans son rêve mais se bat pour en faire une réalité, une personnalité forte qui aimante tout et tous autour d'elle. C'est simple, on ne voit qu'elle et on s'ennuie dès qu'elle sort de scène. Vocalement c'est aussi un festival de couleurs, de variations, de contre-notes, exécutées avec une facilité et un naturel confondants, tant la voix est bien assise sur un médium pulpeux et un souffle inépuisable. Et toujours avec ce volume notable qui lui permet d'emplir pleinement Bastille, si peu adapté au premier XIXe siècle... Bellini et Donizetti devraient se donner à Garnier! Ce n'était pas pour Pretty Yende une prise de rôle (elle l'a chanté notamment à Berlin) mais niveau impact on peut dire qu'une grande Lucia est née à Paris, dans la lignée de Mariella Devia (avec qui elle a d'ailleurs travaillé le rôle) et June Anderson, qui avait créé cette mise en scène. Alors si aujourd'hui, à grand renfort de promotion par Sony, tout semble sourire à cette nouvelle étoile de l'art lyrique, on ne peut que s'en réjouir, car ce sourire elle nous le rend si bien!

Un extrait de son air de la folie est écoutable ici.

(Photos: © Sebastien-Mathe)

mardi 18 octobre 2016

Roll Over Beethoven | Philharmonie 15/10/2016

A short review of Saturday's concert at the Paris Philharmonie, with a 100% Beethoven programme: the 1st piano concerto and the 6th Symphony.

I loved the concerto, with an inspired Christian Zacharias conducting the Orchestre de Paris from his piano. The 2nd movement (the Largo) managed to convey all the tenderness that Beethoven puts in his music when he gets dreamy. Thumbs up also to the solo clarinet. Overall, a lively and moving interpretation.

But I had come for the Pastorale, my favourite Ludwig Symphony with the 9th. The Orchestre de Paris woods were grand, as usual. Lovely oboe solos, amazing flute from Vicents Prats, wonderful bassoons and clarinet... essential for a good Pastorale. I have more reservations as regards the strings. As usual, I find their very "French" sound a bit too dry and thin for Beethoven. Overall, a very enjoyable evening: I came out whistling the 2nd movement and smiling... but also because I had the cartoon below in mind 😁

PS: happy 90th birthday Chuck Berry!

mardi 13 septembre 2016

Ouverture majeure! | Diana Damrau, Kirill Petrenko et le BSO au TCE

Enfin, c'était hier le début de ma saison! Programme atypique pour moi: du Wagner, du Tchaïkovski et quand même un peu de musique vocale avec les Quatre Derniers Lieder de Strauss. Mais je n'aurais pour rien au monde raté l'occasion de voir diriger Kirill Petrenko à la tête de son Orcheste d'État de Bavière!

Et que j'ai bien fait! Quel chef! Il vous emporte dans la musique, vous donne l'impression que vous comprenez tout, c'est absolument enthousiasmant! Je n'avais jamais autant vibré en écoutant l'ouverture des Maîtres Chanteurs. Wagner comme ça, c'est topissime! le concert commençait donc très bien. Malheureusement mon enthousiasme est un peu retombé avec l'entrée en scène de Diana Damrau (en total look Barbie soprano, robe rose et escarpins à paillettes compris). Là où je m'attendais à l'extase, je n'ai ressenti qu'un ennui poli. Certes, l'orchestre était planant à souhait, suave et miroitant, mais hélas un peu fort, couvrant la chanteuse dès qu'elle n'était pas dans l'aigu. Bon, j'avoue que la voix de Damrau n'est de toutes façons pas celle que j'attends dans ces Lieder. J'y aime des voix plus larges et plus chaudes, comme celle de Mattila. Mais en plus, j'ai trouvé la soprano prosaïque et appliquée, jamais réellement en communion avec l'orchestre. Là où j'attendais de l'abandon, j'ai eu un chant léché, si propre que je l'ai trouvé sans âme. J'ai donc été déçue, comme je le suis souvent hélas avec cette chanteuse, dès lors qu'elle s'aventure hors de la pyrotechnie.

Mais heureusement, après l'entracte on est retourné dans les hautes sphères du prélude! La grande ignare que je suis en musique symphonique dès qu'on sort de Beethoven, Schubert, Schumann et du répertoire français a donc pour la première fois entendu la 5e symphonie de Tchaïkovski. Une grande claque. Quelle merveille quand c'est joué et dirigé comme ça! Le BSO a une pâte extraordinaire. Ces cordes charnues, ces timbales sismiques, ces cuivres qui éclatent,  c'est impressionnant. Et quels pupitres de bois! Les quatres solistes ont été épatants lors des nombreuses occasions qu'ils avaient de se mettre en valeur. Et la communion de Petrenko avec ses troupes est un plaisir à voir à entendre.

Devant l'ovation du public, le chef nous a en plus gratifiés en bis d'une hyper virtuose ouverture de Rousslan et Ludmila de Glinka (merci à Gilles Lesur pour l'info), achevant de montrer pourquoi, même nommé à la tête des Berliner, il souhaite conserver son poste au BSO. Quand on a un instrument pareil, qui réagit à la moindre impulsion, on le garde!

Bref, j'ai rejoint officiellement depuis hier soir le club des fans hystériques de Kiriiiiil, et je suis ravie de retourner au TCE que j'avais la saison dernière un peu délaissé au profit de la Philharmonie. Vivement la prochaine fois!

dimanche 11 septembre 2016

Glorieuse Anna! | Anna Netrebko : Verismo

Je n'achète pas souvent de CDs de récitals. En général, je m'y ennuie. Le "début recital" de Netrebko, qui est le seul de cette artiste que je possède et qui a bien 15 ans, ne fait pas exception. Seulement voilà, à l'ère d'iTunes et de Spotify, les extraits publiés avant la sortie du CD (la Wally, la Mamma Morta) m'avaient impressionnée et donné envie d'entendre tout le disque.

Et bien, je ne regrette pas mon acquisition. Dans ce répertoire, plus ou moins justement qualifié de "vériste", Anna Netrebko est tout simplement glorieuse. La voix s'épanouit sur toute la tessiture: graves sonores, médium d'une rondeur et d'une richesse de couleurs à tomber, et toujours cet aigu lumineux, rond, qui flotte ou cingle apparemment sans aucun effort. C'est sidérant. La ligne est superbe, la respiration précise (sans doute l'effet Pappano, dont on connaît la rigueur), l'intonation impeccable (l'intonation haute est le péché mignon de Netrebko). Seule la prononciation pourrait être plus nette, mais aujourd'hui, hormis les italiennes, qui a une diction digne de ce nom dans ce répertoire ?

Voilà pour la technique, absolument superlative. Mais ce qui fait que ce récital est un succès, c'est que l'interprétation est là aussi au niveau. Je vous épargne les vaines comparaisons avec ses devancières. On ne va pas passer notre vie à invoquer les mânes de Callas. Netrebko est une artiste suffisamment notable pour qu'on ne la compare qu'à elle-même. Et bien, elle se surpasse ici. Elle sort ses tripes. Sa Mamma Morta est à pleurer (en tous cas sur moi ça marche à tous les coups https://youtu.be/vYJUFtKyuVE), sa Wally aussi (https://youtu.be/9unXavaZwMU). Dans les grandes réussites de ce disque, on rajoutera sa Margherita hallucinée, sa Butterfly sans illusions, sa Tosca d'une parfaite évidence et surtout une formidable et inattendue Turandot, bien secondée par Monsieur (Yusif Eyvazof). Sa princesse de gel et de feu donne envie d'une intégrale, même si je doute qu'elle osera le rôle sur scène. Le disque se termine sur le final de Manon Lescaut (toujours avec Monsieur, pas mal même si je ne suis pas fan de son timbre un peu métallique), rôle qu'elle a déjà à son répertoire et qui nous fait rêver qu'elle y inscrive aussi ceux précédemment cités.
On patientera avec ces "teasers", sa prise de rôle dans Tosca est je crois prévue pour 2018 au Met (avec Meli? On a le droit de rêver ses castings, après tout...).

jeudi 4 août 2016

Inoxydable Placido | Traviata | Chorégies d'Orange | Retransmission TV 03/07/2016

J'hésite toujours à poster un billet sur une diffusion télé. C'est dur de donner un avis sur une représentation qu'on n'a pas vue Live. C'est encore plus vrai à Orange, où l'acoustique très particulière fait que ce qu'on entend à la télé ne reflète pas forcément ce que les spectateurs ont entendu dans le Théâtre Antique. Reste que je vais vous donner mon avis sur la soirée d'hier, sous toutes réserves donc.

Côté mise en scène, pas grand chose à dire du travail de Louis Désiré : c'est propre, décoratif et banal, comme d'habitude avare de jeu d'acteurs, rien de dérangeant et rien d'enthousiasmant non plus. Oubliable en somme.

Côté choeurs et orchestre, j'ai trouvé ça routinier. Pas convaincue par Rustioni, que je n'ai pas trouvé très inspiré, surtout si je compare avec les merveilles que j'ai entendues il y a 2 mois avec Mariotti.

Mais bien sûr, il y avait le cast. Ermonela Jaho nous gratifie d'une belle prestation, notamment un dernier acte déchirant, où elle donne tout. On aime ou pas la voix, très vibrante, mais pour Traviata moi j'attends avant tout une artiste qui m'émeuve, pas la perfection. Avec Jaho, on a une Violetta, crédible, engagée, poignante. Et c'est l'essentiel. Brava!
Francesco Meli revenait à Alfredo après une série de Manrico à Londres. Pas simple. À la télévision, il semblait un peu fatigué. Mais reste que la ligne est toujours aussi châtiée, la diction lumineuse, l'artiste très scrupuleux, tout en nuances et distinction. Alors oui, l'aigu s'est un peu dérobé dans la cabalette au 2e acte, mais il réussit comme Jaho un très beau 3e acte et dans l'ensemble ces débuts à Orange sont réussis.
Mais la star de la soirée, c'était l'immense, l'inoxydable Placido Domingo, revenant à Orange 38 ans après ses débuts, cette fois en version baryton. L'artiste est impressionnant, l'état de conservation de la voix sidérant. Ce qui pêche? Le souffle, court, là où Verdi exige une colonne d'air inépuisable et des respirations rapides. À son âge c'est bien normal. Mais la conséquence est un ralentissement jusqu'au distendu des tempi dans tout le duo du 2e acte, au point de parfois susciter l'ennui. Néanmoins, quelle incarnation! Chapeau bas à ce monument de l'art lyrique.

Quelles que soient ces petites réserves, je n'ai pas boudé mon plaisir. À une belle soirée d'opéra, qui plus est à une heure décente sur le service public, on ne chipote pas!

Copyright photos Philippe Gromelle.